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04.09.2013

LIVRE D'ARTISTE...........................................................................................................................

Un livre d'artiste est une œuvre d'art prenant la forme d'un livre. Ce livre est édité en très peu d'exemplaires, dont chacun est original. Il allie souvent, mais pas forcément, texte et peinture, ce qui est le cas de celui-ci...

 

...NEA KAMENI, texte de Michel Cand, peinture d'André Jolivet

 

NEA KAMENI, Archipel de Santorinnea kameni 1.jpg

Peinture d'André Jolivet

Texte de Michel Cand

Collection Le monde des Îles

Little Big Book Artist

Voltije Éditions

Édité en 4 exemplaires

Chaque exemplaire est signé par le peintre et l'auteur

 livre d'artiste,andré jolivet,michel cand,nea kameni

André Jolivet est peintre.

Ancré (et encré) dans sa Bretagne natale, il est un boulimique de travail, et son œuvre est déjà impressionnante, tant par sa quantité que par sa qualité.

Il est aussi éditeur (Voltije Éditions) spécialisé dans les livres d'artiste, et a un catalogue abondant, alliant poésie et peinture.

 


Le texte de Michel Candnea kameni 2.jpg

Au-dessus de Nea Kameni, le bleu du ciel. Autour, le bleu de la mer. Mais au-dessous ?

Au loin, perchées sur les falaises la surplombant en un cercle raté, les maisonnettes blanches chargées de pusillanimes vies la surveillent. Nea Kameni est île-cratère. Danger.

Nea Kameni a déjà exterminé tant de Minoens. Archéologie. Atlantide ? Cataclysme. Séisme. Éruption. Explosion. Effondrement. Caldeira. Tsunami.

Nea Kameni explose tous les cinquante ans. Prochaine explosion imminente. Elle s'en fout, baigne dans le bleu et exhibe sa noire beauté au nea kameni 3.jpgmilieu du ciel et de la mer.

Car Nea Kameni est noire. Noires ses roches, ses pierres, ses cendres. Île désertiquement déserte.

Nea Kameni délire, et sculpte, de ça, de là, dans sa lave noire, de titanesques crêtes, giclées figées.

Nea Kameni fut sommet d'île minoenne. Puis sombra. Puis ressurgit. Elle est île récente. Tout en étant île ancienne. C'est compliqué la vie des îles-volcans.

Mais au-dessous ?

Tu marches sur Nea Kameni. Sol chaud. Mer chaude. Odeur marine sulfurée. nea kameni 4.jpg

Tu ne seras peut-être plus jamais aussi proche du magma. C'est de quelle couleur au-dessous ? Orange ? Rouge ? Noir ?

Tu ramasses un caillou : sa rugueuse douceur satinée noire. Tu n'en avais jamais vu que de vieux de milliards d'années, et tu as dans ta main un bébé caillou ! Né de l'éruption du 10 janvier 1950 !

Tu le gardes pieusement dans ta poche, seul caillou au monde auquel tu puisses fêter son anniversaire !

C'est quoi la couleur du magma, au-dessous de la mer bleue, qui crée les modestes cailloux-bijoux noirs ?

 

 

...COMME UN 5, de Michel Cand, Patrice Bouvier, Stéphane Fromm, Richard Laillier

Comme Un 5michel cand,poesie,ecriture,sculpture,fresque,cand,m cand,andré jolivet,little big book,nea kameni

   de Michel Cand, poète,

   Patrice Bouvier, photographe,

   Stéphane Fromm, peintre,

   Richard Laillier, dessinateur 

   Une expérience éditoriale d'Alin Avila. Chaque exemplaire signé et numéroté contient un original

   Éditions Area-Paris, 2017

 

Les artistes:

Patrice Bouvier  est un des rares photographes à être reconnu à la fois dans le reportage (Agence Rapho), particulièrement sur le spectacle vivant, et dans la photo artistique, particulièrement dans le portrait le le corps.

Stéphane Fromm est un peintre qui utilise les encres pour lesquelles il a développé une technique toute personnelle. Ses expositions sont nombreuses, à Paris, en France et en Belgique.

Richard Laillier est un dessinateur qui creuse la pierre noire avec notamment sa gomme. Il expose dans toute la France, mais collabore aussi avec le monde du théâtre.

 

Le texte de Michel Cand est un jeu perpétuel de va-et-vient entre les créations faites sous ses yeux etles circonstances de ces créations. Le voici :

Quatre Un

 

Élan créateur

émulation comm-un-e

art de non retour

- ça tient à tellement peu de choses

 

****

 

Fouiller l'obscur
farfouiller le noir
lui extirper sa moelle
lui chiper ses secrets

Déchirement découpement

positionnement repositionnement

échouement effarement

et puis jubilation

 

Avancer en aveugle
avancer néanmoins
le chemin n'est pas tracé
vers le jamais vu

- C'est déchirant

de déchirer de si belles choses
- C'est se déchirer

- Le beurre d'Échiré

 

Hésitations appréhensions

errances désespérances

éclair

jouissivement

 

Brune d'écumes de brumes
au cœur de ses reflets

cul solaire

- épuisée tes pauses sont plus belles

 

- Je le mets derrière en fond

- Je mets le mien devant

- Je mets le mien en haut

- On va encore croire qu'on est des obsédés

 

Infiniment
la nuit t'entoure
et en toi
c'est la nuit

 

- J'ai le droit d'effacer là

- Tu as tous les droits

- Moi je suis prêt à tout, j'ai aucun scrupule, c'est horrible
- Je rajoute juste une touche de perfection

 

Nous pouvons dans notre nuit

voluptueusement avoir
en toute harmonie

nos humeurs noires


- Tu me laisses de la place où

- Sur toute la surface

- Ça m' éclate complètement avec les coups de cutter
- J'essaie de vous faire des chefs-d'œuvre

 

Rien n'empêche
ce hurlement silencieux
tu n'auras pas la force
d'arrêter la nuit

 

- Je suis d'accord avec tout

et quand je suis pas d'accord je colle dessus
- On n'est pas des rigolos

- Surtout moi

Sens dessus dessous d'ombre ou de lumière
dans ses secrets chiffrés
seins polaires
- même l'ombre s'étend vers toi et s'érotise

Comme une popote de novembre

on verse les restes

le plat de côte le jambon

on chauffe on tourne - ça prend

 

Écartelée de don de soi
lacérée râpée laminée à terre

s'éclate - Je me suis coupé

teintée de mon sang

Magie magie magie noire

enfermée dans la grotte

désespoir - ou espoir

elle a pas de culotte

 

Empêtrée parmi oméga-3

acides aminés chocolat

elle veut s'offrir

- s'offrir le grand plaisir

 

Curée des mains

étalements entremêlements glissements

c'est une partouze d'œuvres

- les artistes ils pensent qu'au sexe

 

Transfigurée de désir
saccagée de bonheur d'en bas
torsadée tords-toi rampe

encerclée d'angélisme

 

Dans la ténébreuse pénombre

obscure nocturne sombre

apparition quasi mystique

- à moins que ce soit Miss Trique

 

Suspension fantomatique dévoilée voilée
en attente des cieux vides

dans ses songes de nuées dénudées
dans l'indifférence jalouse du jour

 

- Est-ce un volute - C'est une femme
- Est-ce un pont céleste - C'est une femme

- Est-ce une harpe d'eau - C'est une femme

- Est-ce une obsession - C'est une flamme

- C'est troglodyte

- Oui c'est trop gothique

- C'est abyssal

- Non c'est juste un voile

 

Auréolée de désirs de fond de cave
souveraine vouées aux ombres d'eux-mêmes
dans la fange offerte aux gueux
- contrebalancer l' injustice divine

 

Mais comment a-t-elle pu

s'égarer au milieu

des neurotransmetteurs

au bord d'une idée noire

 

Éclaboussures d'une autre rive

souillures de l'imposture

aux ordures consacrée

mais toujours pure

 

 

Évanescence torse sur des sables rêvés
niée barrée griffonnée

scarifiée de magnificence
désirée - c'est elle qui te capture

 

 

24.06.2011

PETITS MARBRES

Les Petits marbres, comme les a nommés le merveilleux photographe Patrice Bouvier, c'est encore une pure folie...

Quand un petit marbre rencontre un autre petit marbre, cela donne une conversation. Conversation à deux petits marbres. Conversation à trois petits marbres quand un autre petit marbre s'y invite. Et ainsi de suite... Conversation de marbre qu'a chanté le philosophe poète, Bernard Lefort.

 

...Extraits de SCULPTER

PAVES 1

Je passais par hasard comme on dit par la rue Montorgueuil.petits marbres,marbre de carrare,pavés

Chantier au milieu de la rue : palissades, ouvriers affairés, matériaux en tas, gravas, chaussée éventrée. Tiens, ils repavent la rue ! Ce qui était original, c’est qu’elle devenait, derrière l’avancée des travaux, presque blanche.

Je jette un coup d’œil au tas de nouveaux pavés blancs : étonnamment beaux ! Je me suis souvenu en avoir vu et admiré des comme ça  en guise de décoration dans la vitrine d’un magasin de prêt-à-porter de la rue du Poteau. Je m’étais demandé où ils avaient bien pu se procurer des pavés d’une telle qualité.

Un morceau traînait sous la palissade à côté de mon pied ; je le ramasse. De près, il était encore plus magnifique. Le haut et le bas, grossièrement sciés, étaient ternes. Par contre, les quatre côtés, obtenus par brisure, et donc d’aspect irrégulier, révélaient des cristaux d’une rare finesse et d’une grande discrétion dans leur éclat doux, qui faisait que l’œil les recherchait pour les voir jouer avec la lumière. Mais qu’est-ce donc que cette pierre ?

Et dire que c’était une des faces grossièrement sciées et ternes qui étaient placée de manière à former la partie visible de la chaussée ! Cela donnait une chaussée blanchâtre, vaguement laiteuse, terne, vouée aux pires salissures. Alors que la partie magnifique demeurait cachée!

Je regarde l’ouvrier travailler. S’il doit placer un pavé trop gros dans un espace trop étroit pour lui, il le rogne net d’un geste sûr d’un seul coup de masse. Quel savoir faire ! Je passe par dessus la palissade, je demande à l’ouvrier si je peux en prendre trois ou quatre. Il devait avoir l’habitude de ce genre de question, puisqu’il me répond : « Oui, pas plus ! » D’ailleurs, depuis, j’en ai effectivement vu pas mal dans des vitrines, sur une scène de théâtre, même chez des particuliers.

J’en pris huit. De quoi faire un minimum d’essais. Je savais bien sûr que ces pavés pourraient servir de socles, certes. Mais pas de socle pour une pierre d’une autre couleur. Ce qui les éteindrait complètement. Mais pourquoi pas de socle pour eux-mêmes.

A peine arrivé : cuisine (mon atelier !). Marteau. Coups de marteau directement sur la pierre ; arrêt ; ce n’est pas encore cela... Coups de marteau ; je retourne ; coups de marteau ; le visage commence à apparaître... Coups de marteau ; je m’arrête ; un état d’âme...

Je le pose sur un autre pavé. Le pavé sur pavé devient sculpture sur socle. Ca fonctionne. A approfondir, néanmoins.

Une sournoise décision prend alors forme dans ma cervelle minéralisée :   il faut rendre cette pierre à la sculpture... 

  

         

PAVES 2

Retour dans le quartier du Sentier.petits marbres,marbre de carrare,pavés

Une des ruelles proches de la rue Montorgueil est entièrement pavée de blanchâtre. L’effet est effectivement terne, surtout quand on connaît la potentialité de la pierre. Cela a néanmoins une conséquence inattendue : la mise en valeur des granites gris des rebords de trottoirs ! De plus, par plaques, à deux endroits de la chaussée, quelques pavés étaient comme effondrés sur eux-mêmes. Il était évident qu’ils n’avaient pas supporté la charge d’un camion de livraison.

Cette pierre n’était décidément pas faite pour le pavement des rues. Les rendre à la sculpture ! Repérage.

Un tas de morceaux de pavés cassés par l’ouvrier, ou de pavés ébréchés, impropres au pavement pour une raison ou pour une autre, mêlés à du sable et divers matériaux et détritus, le tout destiné aux poubelles de chantier… Revenir de nuit...

Je revins en prélever ainsi sous le couvert de l’obscurité délicieuse du mois d’août, quinze à vingt à chaque fois, ce que je pouvais porter, repartant, douloureux, le sac lourd, par le métro. Presque tous les soirs. En plus, à cette époque, je relevais à peine d’un lumbago contracté pour avoir ramené un petit peu trop de micaschistes de Bretagne... dans mon sac à dos... par le train ! J’étais bien conscient que le caractère urgent et impératif de la chose était totalement déraisonnable et irraisonné. Mais, que veux-tu y faire ? C’est aussi cela les exigences de l’art ! Comme quoi parfois on a l’impression de comprendre que Félix Bartholdi se soit suicidé parce qu’on lui a fait remarquer qu’une seule chose manquait à son Lion de Belfort : la langue !

Et le lendemain, accroupi dans la cuisine avec le lumbago qui tirait terriblement, marteau...  Coups de marteau ; je regarde ; coups de marteau ; je retourne ; re-coups de marteau...

Il faut croire qu’il doit y avoir de ces nécessités urgentes totalement absurdes... Réaliser l’idée que l’on a dans la tête. La rendre visible. Avant toute chose. Quoiqu’il arrive.

Il doit leur manquer une case, à ces artistes.

 

 

PETITS MARBRES 1

Cuisine. Pavés. Marteau. Coups de marteau ; ce n’est pas encore cela... petits marbres,marbre de carrare,pavésCoups de marteau, de ce côté-ci et de ce côté-là... Une direction se dessine...

Coups de marteau ; changement d’angle ; coups de marteau ; autre changement d’angle ; coups de marteau ; cela prend tournure ; coups de marteau ; presque ; coups de marteau... Stop ! Surtout ne plus toucher à rien du tout !

Ce n’est pas lorsqu’une tête apparaît que je m’arrête, c’est lorsqu’un état d’âme surgit. Comme si la pierre devenait soudainement vivante. Alors je ne peux plus la frapper.

J’en fit d’abord quatre. Quatre états d’âme. Ce sont des têtes, certes, mais sans yeux. Pourquoi sans yeux ? Quatre. Ca ne suffit pas. Ce n’est pas qu’ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. C’est qu’ils ont besoin d’être en nombre. Pour avoir un sens. Mais quel sens ?

Dix. Cinquante. Cinquante états d’âme sans yeux qui m’entourent. Encore insuffisant. Cent. Toujours insuffisant. Je ne sais pas pourquoi. Le poète grec Yannis Ritsos a écrit : « Il y a certains vers - parfois des poèmes entiers - / moi-même je ne sais pas ce qu’ils veulent dire, / Ce que je ne sais pas / me retient encore. Et toi tu as raison d’interroger. / N’interroge pas. / Je te dis que je ne sais pas...

Entre temps j’apprends qu’il s’agit de marbre de Carrare ! La pierre de Michel-Ange et de Coustou ! Je n’avais pas reconnu le fameux marbre de Carrare parce que Michel-Ange, Coustou, Phidias, Coysevox et tous les autres sculpteurs qui l’ont utilisé le polissait ; et ainsi les cristaux, sans complètement disparaître, étaient considérablement atténués. Le fameux aspect laiteux.

Alors que je procède de manière particulière, par cassures successives, uniquement au marteau, en ayant soin de ne  laisser aucune trace de l’instrument, contrairement à Michel-Ange, Coustou, Phidias. Ce qui respecte complètement le grain cristallin, ce qui garde intégralement son doux éclat.

Du marbre de Carrare. Le fin du fin de la pierre à sculpter. Voué aux semelles des chaussures, aux crottes des chiens, aux pneus des camions ?

Rendre impérativement le marbre de Carrare à la sculpture !

 

 

PETITS MARBRES 2

Et voici qu’arrive le 1er septembre. Hier encore, le métro du mois d’août petits marbres,marbre de carrare,pavésétait désert. Soudainement il est plein à craquer.

Des têtes immobiles, muettes, qui ne se regardent pas, qui évitent les regards, comme si elles n’avaient pas d’yeux... Le petit jeu bien parisien qui consiste à regarder sans être vu, et quand on sent un regard scrutateur sur soi, regarder celui qui regarde, alors immanquablement le regard gêneur se détourne, et vaque distraitement ailleurs... Et parfois, le regard s’arrête sur quelqu’un qui retient l’attention ; pourquoi ?  Et on croit y lire un état d’âme, qu’on aurait vécu à une certaine époque... Et bien sûr c’est totalement subjectif, c’est soi-même qui projette sur l’autre un de ses propres registres de sentiments, refoulés par l’action de la vie peut-être, un de ses états d’âme, polarisé sur simplement une complexion de visage, ou une réflexion fugitive, ou l’ennui patient, ou une expression particulière, jusqu’à ce que le regard de ce dernier détourne celui de l’observateur...

C’est à ce moment-là que j’ai compris ce que je faisais sans le savoir. Des têtes innombrables, croisées dans le métro, dans les escalators en sens inverse, dans les rues, dans les magasins... Mes cent cinquante états d’âme…

Ce que je faisais sans le savoir, je dressais le portrait de mon environnement de Parisien de la fin du XXème siècle : des gens innombrables, inconnus, habituels, avec leurs visages qui ne regardent pas, muets, anonymes, sans cesse remplacés par de nouveaux, apparemment indifférents, sensibles... États d’âmes énigmatiques, familiers, indéterminés, fascinants...

J’en fis ainsi deux cent trente. Alors qu’il y a deux millions de Parisiens ! Sans compter les banlieusards qui y travaillent ! Et les touristes ! Il m’en reste beaucoup à faire ! J’ai des réserves de pavés de marbres de Carrare. Peut-être pas suffisamment.

Dites-moi où on pave des rues en marbre de Carrare... C’est pour la bonne cause : c’est pour l’art !

Casser des pavés. Pas à Cayenne. A Paris.

 

 

PETITS MARBRES 3

Et pourquoi pas de la sculpture populaire ? De la sculpture populaire, petits marbres,marbre de carrare,pavésc’est de la sculpture accessible. De la sculpture accessible, c’est de la sculpture pas chère. Car la sculpture n’est pas accessible. Qui peut s’offrir une sculpture ? La sculpture est bien trop chère. La sculpture doit-elle être réservée aux élites financières ? Pourquoi ?

Mais un autre problème se pose, et il est de taille : la sculpture pas chère est-elle crédible ? Si ce n’est pas cher, est-ce que cela a de la valeur ? Serait-ce bradé, soldé, parce que cela n’a pas trouvé preneur ? Il n’est pas logique que la sculpture soit bon marché. Il doit bien y avoir une raison à cela, il doit y avoir un vice. Il est impossible que la sculpture soit bon marché ! Et pourquoi pas ?

D’autant que ces sculptures en pavés de marbre de Carrare ne fonctionnent que par trois, ou quatre, ou cinq. Ou plus. Conversations de l’un à l’autre. Toujours cette idée de groupe, sinon de foule.

Une telle les fait converser à trois dans un coin de bureau. Un autre rythme son dessus de radiateur avec quatre. Jean-Claude a fait une étonnante pyramide avec neuf. D’ailleurs je les ai intitulé Conversations.

Et pourquoi est-ce que trois, ou quatre, ou cinq sculptures en marbre de Carrare ne seraient pas accessibles à tous ? Pour la cote personnelle ? Pour que l’art soit une aristocratie ? Pour que l’art puisse continuer à être un marché juteux ? Pour qui ?

Le seul contre-argument serait : pour permettre à l’artiste d’en vivre. Mais cet argument ne tient pas si l’on considère que la sculpture bon marché se vend plus facilement. Comme les petits pains se vendent plus facilement que les parfums de luxe. Et, comme les réaliser est une partie de plaisir...

Partie de plaisir anxieuse quand même... Jamais sûr de ce qui va sortir. Jamais sûr que ce sera bon.

De toute façon, rien ne vaut la beauté de cette utopie : de la sculpture accessible. Pour tous. Même en marbre de Carrare.

© Michel Cand